Est-ce que votre grand-maman prend des médicaments dangereux?

par Annie Webb

Plusieurs personnes peuvent s’associer à cette histoire : ma grand-maman souffrait de douleur chronique causée par l’arthrite, l’anxiété et l’insomnie. En plus de ses médicaments pour éclaircir son sang, pour contrôler son cholestérol et traiter ses autres conditions de santé, son médecin lui a prescrit Ativan (une benzodiazépine) comme somnifère et médicament contre l’anxiété, et OxyContin (un opioïde), lequel est à l’origine de l’actuelle crise des opioïdes. C’est une femme qui n’avait jamais eu de problèmes avec les médicaments ou de dépendance auparavant

À l’époque, les membres de la famille n’étaient pas au courant que ces médicaments pouvaient comporter des risques graves, particulièrement pour les aînés. Le médecin semblait penser, « qu’est-ce que ça peut bien faire, elle a 91 ans, laissons-lui ses pilules » et aucune alternative n’a été donnée à ma grand-maman. Personne ne savait quoi faire. Les massages, la physiothérapie, la médecine alternative et les psychologues coûtent cher, demandent du temps et ils ne sont pas couverts par le régime public d’assurance maladie. De plus, ils sont inaccessibles aux aînés qui souvent ne conduisent pas et vivent seulement de leur pension.

Ma grand-maman est graduellement devenue inactive et isolée. Elle est tombée à plusieurs reprises et devenait de plus en plus fragile. Elle insistait pour que l’on continue de lui prescrire OxyContin pour ses douleurs arthritiques.

Lorsqu’elle fut hospitalisée pour la dernière fois, le gériatre a cessé tous ses médicaments, sachant bien qu’ils lui causaient plus de tort que de bien. Mais il était trop tard, elle était déjà sur son lit de mort.

Comment et quand cela est devenu un problème?

Les aînés se voient prescrire de nombreux médicaments, plusieurs d’entre eux étant utiles. Certains médicaments aident les aînés qui souffrent de maladies chroniques à vivre des vies satisfaisantes et actives. Cependant, certains médicaments, tels que les somnifères, les antipsychotiques (souvent prescrits pour la démence) et les opioïdes causent plus de tort que de bien.

Combien de médicaments prennent les aînés?

  • 2 Canadiens sur 3, âgés de 65 ans et plus (65,9 %), prennent au moins 5 médicaments d’ordonnance différents.
  • 1 Canadien sur 4, âgé de 65 ans et plus (27,2 %), prend au moins 10 médicaments d’ordonnance différents.
  • Plus de 40 pour cent des aînés âgés de 85 ans et plus prennent 10 médicaments ou plus.

(ICIS 2014)

Les études ont montré à plusieurs reprises que plus on prend de médicaments, plus on a de chance d’avoir des effets néfastes des médicaments et d’être hospitalisé. Ceci est d’autant plus vrai chez les aînés à cause des changements que leur corps subit et qui sont liés au vieillissement. Les effets indésirables des médicaments incluent les effets secondaires, les interactions médicamenteuses, les chutes, les fractures, les problèmes de mémoire et de confusion, les surdoses, les hospitalisations et le risque de décès.

En fait, 1 aîné sur 200 est hospitalisé chaque année au Canada à cause d’effets néfastes de sa médication (comparativement à 1 personne sur 1000 âgée de moins de 65 ans). Les chutes sont la première cause d’hospitalisation pour blessures chez les aînés au Canada (ICIS 2011). De 20 % à 30 % des patients ayant subi une fracture de la hanche décèdent moins d’un an après la fracture (Kong et al. 2012), et 30 % d’entre eux sont transférés dans des établissements de soins moins d’un an suivant une fracture (Morin et al. 2012).

Non seulement les aînés prennent trop de médicaments, plusieurs d’entre eux se voient prescrire des médicaments indiqués dans la liste de Beers et qui sont jugés inappropriés pour les aînés. D’autres, tels que les inhibiteurs de la pompe à protons, devraient être utilisés seulement pour une courte période de temps.

Aînés canadiens prenant au moins un médicament inapproprié :

  • 65 ans et plus : 31 % des hommes et 42 % des femmes
  • 85 ans et plus : 39 % des hommes et 47 % des femmes

(Morgan et al. 2016)

Les médicaments risqués courants des aînés incluent :

Ces médicaments augmentent le risque de troubles cognitifs, d’étourdissements, de confusion, de crises cardiaques, de chutes, de fractures, d’accidents de véhicules motorisés, etc.

Que faire?

Il y a une préoccupation nationale et internationale grandissante sur le fait que les aînés se voient prescrire plus de médicaments qu’avant, plusieurs desquels sont inappropriés pour eux. De plus, les aînés souffrent d’un trop grand nombre d’effets néfastes.

Il y a un mouvement croissant de médecins, de pharmaciens, d’infirmières et de défenseurs des droits des patients au Canada, appelé le Réseau canadien pour la déprescription (ReCaD), qui accroît la sensibilité au sujet de cette problématique. La déprescription est « le processus planifié de réduction et d’arrêt des médicaments qui n’ont plus d’effets bénéfiques ou qui peuvent être nuisibles ». Vous trouverez plus d’informations sur la déprescription dans leur feuillet d’informations.

Une des choses les plus importantes à faire est de poser aux médecins, aux infirmières ou aux pharmaciens les bonnes questions au sujet des médicaments, et de demander spécifiquement pour une révision des médicaments. Voici une bonne ressource à ce propos (cliquez l'image pour la version imprimable):

Veillez à la santé des membres de votre famille, posez les bonnes questions et aidez-les à être proactifs au sujet de leur santé.